Capitaliser sur les connaissances issues de l'expérience pour soutenir l'accompagnement à la transition agro-écologique

Nicolas GIRAUD

Ecole doctorale

SEVAB

Financement

Bourse CIFRE - CASDAR / Chambre d'agriculture de l'Aude

Date de début

Octobre 2022

Encadrants

  • Laurent HAZARD (UMR AGIR, INRAE Toulouse)
  • Hélène BRIVES (LER, ISARA-Lyon)
  • Stéphanie RUBIO (Chambre d'agriculture de l'Aude, Carcassonne)

Résumé

La transition agroécologique transforme profondément les façons de produire, de partager et de mobiliser les connaissances en agriculture. Les solutions ne reposent plus uniquement sur des références issues de l'expérimentation scientifique, mais également sur les expériences développées par les agriculteurs dans leurs propres exploitations (Girard, 2014 ; Compagnone et al., 2018). Ces connaissances, construites dans des contextes locaux et au fil de l'expérience, sont aujourd'hui reconnues comme essentielles pour accompagner les changements de pratiques (Girard & Magda, 2018 ; Salembier et al., 2021).

Dans le cadre du Projet agroécologique pour la France, lancé en 2012, les organismes de développement agricole sont désormais invités à « capitaliser » ces expériences afin qu'elles puissent être discutées, partagées et réinvesties dans d'autres situations (Giraud et al., accepté). La capitalisation soulève cependant plusieurs questions. Comment transformer une pratique développée dans une exploitation agricole en une connaissance utile dans d'autres contextes ? Comment produire des enseignements susceptibles de « voyager » tout en préservant le caractère situé des expériences ? Quels métiers, quelles organisations et quels dispositifs rendent possible cette circulation des connaissances ?

Cette thèse cherche à répondre à ces questions en étudiant la capitalisation d'expériences comme une activité d'intermédiation des connaissances (Steyaert et al., 2016 ; Loconto, 2023), située à l'interface entre agriculteurs, conseillers, chercheurs et pouvoirs publics. Plus largement, elle interroge les transformations contemporaines du système de connaissances et d'innovation en agriculture (SCIA) et l'évolution des métiers qui accompagnent les transitions agroécologiques.

Les travaux poursuivent quatre objectifs principaux :

  • comprendre comment la capitalisation s'est progressivement institutionnalisée dans le développement agricole français ;
  • analyser la manière dont cette nouvelle mission transforme le travail des intermédiaires des transitions (conseillers, animateurs de collectifs, chargés de mission, courtiers de connaissances, etc.) ;
  • étudier comment les connaissances issues des expériences d'agriculteurs sont produites, discutées, mises en circulation puis réappropriées dans d'autres situations ;
  • identifier les conditions dans lesquelles la capitalisation peut devenir un véritable levier d'apprentissage collectif et d'accompagnement de la transition agroécologique.

L'hypothèse centrale de la recherche est que les difficultés rencontrées aujourd'hui ne tiennent pas principalement au manque d'outils de capitalisation, mais aux conceptions de la connaissance, du travail d'accompagnement et de l'innovation qui orientent leur conception et leur mise en œuvre.

Cette recherche est née d'un questionnement professionnel. Recruté en 2021 comme chargé de mission « capitalisation d'expériences » à la Chambre d'agriculture de l'Aude, je me suis rapidement interrogé sur le sens et l'utilité de cette nouvelle mission. Grâce au dispositif CIFRE, j'ai pu transformer cette interrogation en une enquête pragmatique inspirée des travaux de John Dewey (1938/2006), en occupant simultanément une double posture de praticien et de chercheur (Schön, 1959). Cette recherche embarquée, conduite pendant près de cinq ans au sein de la Chambre d'agriculture et de l'UMR AGIR (INRAE), permet d'étudier les transformations du développement agricole depuis l'intérieur des organisations, tout en mettant l'expérience professionnelle à distance pour en faire un objet de recherche. L'enquête mobilise principalement des méthodes qualitatives et ethnographiques (observations participantes, entretiens, analyse documentaire et démarches d'intervention). Elle combine l'étude des politiques publiques, des organisations de développement agricole, du travail quotidien des conseillers et des situations concrètes d'innovation afin de comprendre comment se construisent et circulent les connaissances agroécologiques.

Enfin, cette recherche adopte une approche interdisciplinaire en articulant deux champs rarement mis en dialogue : la gestion des connaissances, qui s'intéresse à la production, à la circulation et à l'utilisation des connaissances pour soutenir l'innovation (Girard, 2014), et la sociologie des groupes professionnels, qui analyse les transformations des métiers, leurs frontières et leurs relations au sein d'un système de professions (Vézinat, 2016). Ce double regard conduit à considérer la capitalisation non seulement comme une méthode de gestion des connaissances, mais aussi comme une activité d'intermédiation qui contribue à redéfinir les métiers de l'accompagnement de la transition agroécologique.

Au-delà de l'analyse de la capitalisation elle-même, cette thèse propose ainsi une lecture renouvelée des transformations du développement agricole en France, en montrant comment la transition agroécologique redéfinit simultanément les connaissances, les organisations et les professions chargées de les faire circuler.

Contact

Courriel : nicolas.giraud (at) aude.chambagri.fr

https://cv.hal.science/nicolas-j-giraud